Portrait d’artiste : Céleste de Moriae

Salut les Pulpies,

Une fois n’est pas coutume, je trouve le temps long. La scène me manque ! Et, bien qu’on nous annonce une réouverture des théâtres prochainement, il va falloir être patient… Mais pas de panique ! Tata Scarlet a trouvé la solution. Je vous ai dégoté un autre festival en ligne !  Cette fois, au-delà de nos frontières. Et oui j’ai des relations moi, m’voyez 😉

C’est au Festival Rétro Tease de Lyon que j’ai eu la chance de rencontrer l’incroyable Céleste de Moriae. Une artiste plurielle (chanteuse, danseuse et effeuilleuse). Une productrice engagée. Un visage. Surnommée The Face dans la profession pour sa capacité à exprimer un panel d’expressions extrêmement riche.

Céleste de Moriae « The Face », cliché Guido Ricci

Et c’est donc en Croatie, dans la ville balnéaire de Rijeka, que je vous emmène ce mois-ci pour la cinquième édition du Festival de Burlesque et de Cabaret ! Du 20 au 23 mai prochain, vous pourrez profiter des shows retransmis en direct- live depuis la scène du festival.

Avant d’embarquer pour un monde de glamour et de paillettes, parlons de sa créatrice. Céleste est fille d’immigrés croates qui a grandi en Allemagne, dans la ville de Stuttgart. C’est une artiste accomplie qui foule les planches depuis 27 ans ! Elle débute à 15 ans, lorsqu’elle prend des cours de piano. Mais préférant traîner dans les bars, elle monte son premier groupe de rock ou elle chante et joue de la batterie.

C’est lors de ses concerts qu’elle découvre les gogo dancers : “Quand j’ai vu qu’on pouvait être payé pour danser, je me suis dit je peux le faire moi-aussi !”

Elle décide de prendre des cours de danse et de théâtre et à 19 ans, elle intègre une grande agence de danse et parcourt le pays, l’Autriche et même l’est de la France en tant que danseuse.

Cliché Guido Ricci

Elle travaillera sur des shows qui s’apparentent à du strip mais sans nudité. Même si ce qu’elle fait n’est pas encore du burlesque, elle connaît la discipline : “J’étais une fan de burlesque. Les beaux costumes et les danseuses, j’adorais ! Mais je pensais que je ne pouvais pas le faire, que je n’étais pas assez flexible.”

Plus tard, elle réalise que ce n’est pas important. Que la communauté burlesque n’en a que faire de ce à quoi on peut ressembler, de la flexibilité ou encore de la morphologie. L’important est d’avoir un numéro et de faire attention à ce que l’on fait !

À 34 ans, elle se lance dans le burlesque. Elle postule pour des festivals mais au début, elle n’est jamais sélectionnée. À l’époque, elle se produit déjà dans des petits shows locaux qui ne font pas vraiment partie du circuit pro, mais étant connue des organisateurs avec son expérience de danseuse, elle travaille beaucoup.

“Puis j’ai rencontré quelqu’un aux Pays-Bas qui m’a encouragée à m’inscrire à une compétition là-bas. Ce fut mon vrai début dans le burlesque !”

Céleste sur scène, Croatian Burlesque and Cabaret Festival, cliché Mats Oun

Elle se produit un peu partout à l’étranger, postulant dans tous les festivals possibles. Puis elle découvre le Festival Burlesque de Como Lake en Italie et pour la première fois, elle voit une scène différente. Les shows avaient lieu un peu partout dans la ville comme autant de petits happening et cette façon de faire l’inspire beaucoup.

Car Céleste a déjà des projets en tête. Elle a envie de créer quelque chose d’original. Mais ce n’est pas évident car dans le burlesque tout a déjà été fait quelque part. Elle s’en inspirera quand, plus tard, elle lancera le festival de Rijeka.

Avec son festival, Céleste se donne une double mission : celle d’être le plus inclusif possible déjà. Ayant elle-même eu des difficultés à être bookée par le passé, elle veut que chacun puisse avoir sa chance de monter sur scène.

“C’est l’une des raisons qui m’a poussée à créer mon festival. Car il y a tellement de débutants qui sont incroyables mais qui ne sont pas choisis parce qu’ils n’ont aucune connexion, ou parce qu’ils  débutent. J’ai vu des débutants avec 10 mois d’expérience qui sont bien meilleurs que des performers avec 7 ans d’expérience ! Je veux donner une chance à tout le monde de gagner le titre, de montrer de quoi ils sont capables. »

Croatian Burlesque and Cabaret Festival, cliché Mickael Björn

Quand elle fait sa sélection, Céleste garde toujours cette donnée en tête :

“Ce n’est pas facile quand je dois choisir des performers pour le festival. Je suis difficile. Je veux que ça soit parfait. Cependant je prends le temps de lire tous les dossiers de candidatures et de regarder toutes les vidéos. C’est une question de respect… Je veux que ma production soit inclusive et que tout le monde puisse avoir une chance de venir.”

En effet, Céleste tient à montrer de la variété dans les corps et dans les numéros car trop souvent les producteurs ont une vision trop policée de leur show. Ils ne prennent pas de risque.

“Tout le monde est beau ! Je pense que nous avons cette communauté et ce business qui sont suffisamment ouverts. C’est une honte qu’il y ait encore des producteurs dans ce milieu qui sont seulement à la recherche de corps et de costumes qui sont beaux mais ils ne proposent aucune variété, aucune extravagance.”

Sa deuxième mission est d’éduquer le public croate à l’art du Burlesque. La Croatie est un pays catholique très conservateur. Il y a beaucoup de jugement de la part des hommes, mais aussi des femmes, et ils n’ont pas l’habitude de voir ce genre de spectacle.

Si elle a choisi de produire son festival à Rijeka, c’est parce que c’est une des villes les plus ouvertes d’esprit du pays. Mais il faut faire comprendre au public qu’ils ne peuvent pas se moquer des artistes et rester respectueux.

Croatian Burlesque and Cabaret Festival, cliché Luc de Dooij

“C’est quelque chose que je veux changer. Je ferai tout mon possible pour changer cette narration dans la presse, à la radio et à la TV, pour apporter un changement. Je vais tenter une grande expérience l’année prochaine. Après le festival aura lieu le tout premier Fringe Festival sur l’île de Cres. On y retrouvera de l’art, des workshops, des boutiques, des spectacles etc… Ainsi qu’une exposition sur le burlesque afin d’expliquer ce que c’est.”

Dès la première édition du festival, elle a eu à cœur de choisir des performeurs avec en tête l’idée de faire découvrir la discipline. Certains numéros, bien que très bons, n’ont pas été retenus. Puis les années suivantes, la sélection fut de plus en plus variée et extravagante car le public savait maintenant à quoi s’attendre.

“Je suis vraiment heureuse de la diversité de l’édition de cette année ! Tout le monde vient de partout. Tous les genres et tous les corps sont représentés ! Je veux célébrer chacun d’entre eux. Cela rassemble des gens merveilleux. Qui s’amusent à partager l’atmosphère et l’art que nous faisons. Aucun argent ne peut acheter cela. C’est tout simplement fantastique !”

Affiche de l’édition 2021 du Croatian Burlesque and Cabaret Festival

Céleste se veut l’ambassadrice du Burlesque dans son pays, mais aussi partout ailleurs.

C’est pourquoi elle lance aussi cette année le premier Congrès International de Burlesque.

La première édition aura lieu à Varsovie, en Pologne, les 1er et 2 octobre 2021. Au programme des workshops, des discussions, des conférences mais aussi un salon réunissant les professionnels du milieu comme les costumiers, les chorégraphes, les accessoiristes etc… Le but est vraiment de réunir toute la communauté afin de se rencontrer, d’échanger, de collaborer.

“Je veux que tout le show-business se rencontre. C’est pourquoi on l’appelle variété mais aussi burlesque car cette discipline est toujours oubliée partout ! On ne voit jamais de burlesque à un festival de danse par exemple. Ils ne nous acceptent pas là-bas. Nous sommes toujours oubliés ! Dans le monde entier, les gens ne savent toujours pas ce qu’est le burlesque !”

À l’avenir, elle souhaite aussi mettre en place une bourse qui sera attribuée à un artiste burlesque lors du congrès afin de financer le projet de son choix : une tournée aux US, une participation à un festival ou la création d’un nouveau numéro.

Je vous le disais, Céleste est une artiste et une productrice engagée. Et si elle continue à s’investir autant dans tous ses projets, et même à prendre du temps pour faire du mentorat, c’est qu’elle a besoin de cette énergie positive pour avancer.

“Cela me maintient en vie ! Ça donne tellement. C’est ma façon de récupérer quelque chose en retour. Avec mes maladies chroniques, j’ai besoin de cela pour continuer à avancer.”

cliché Guido Ricci

Chaque année elle choisit d’aider un ou deux artistes en leur offrant son aide et ses conseils précieux : “C’est plus que ce que l’argent peut acheter ! J’aime donner quelque chose en retour. Vous obtenez toujours quelque chose de la vie d’une certaine manière. C’est si bon d’aider quelqu’un, ça te fait grandir.”

Étant elle-même concernée, elle milite aussi pour un meilleur accueil des artistes qui ont des besoins spécifiques. Il est important que les producteurs en particulier soient au courant si un artiste a des besoins particuliers. Ils ne devraient pas avoir peur de parler de leur problème. Car si les producteurs ne sont pas au courant, ils ne pourront pas s’adapter et offrir le support supplémentaire nécessaire.

“Nous devons parler des maladies et des handicaps afin de pouvoir les aider et mieux les accepter.”

Céleste a elle-même eu des mentors dans sa carrière qui l’ont aidée et soutenue, et aujourd’hui elle continue de s’entourer dans la réalisation de ses projets. Ainsi pour le Fringe Festival de Cres, elle a choisi de travailler avec trois autres producteurs bien connus de la scène burlesque internationale.

Elle est particulièrement fière d’avoir à ses côtés une de nos icônes du Burlesque Français : Miss Botero.

“Miss Botero, c’est ma grande sœur. Elle a tant fait. Elle était partout. Elle l’a fait, l’a vécu ! Il y a tant de choses en cette personne. J’ai vraiment confiance en elle. Elle fait maintenant partie de mon jury.  Elle nous a rejoint lors de la seconde édition en tant que légende.”

Retrouvez Céleste De Moriae sur les réseaux sociaux :

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Et bien sûr, connectez-vous sur le site du Festival Burlesque de Rijeka afin de suivre les live ! Cette année il y a même quelques artistes françaises !

Paillettes et tourbillons de Nippies,

Scarlet Ruby Storm

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