Pin Up US et vieilles carlingues

le Nose Art entre mal du pays, érotisme patriotique et héraldique des temps modernes

Les hommes ont toujours personnalisé leurs armes de guerre, de tout temps…

L’apparition de l’aviation militaire au début du XXe siècle n’a pas échappé au phénomène et les « As » de l’aviation, issus de milieux sociaux privilégiés, ont très tôt cherché à se démarquer de leurs ennemis, de leurs compagnons d’armes et surtout de la rigueur militaire en ornant leurs avions de motifs divers. Les pilotes allemands et italiens furent les premiers à personnaliser leurs appareils au cours du premier conflit mondial.

Mais le Nose Art connait réellement son essor et son apogée au cours de la seconde guerre mondiale grâce à la production massive de chasseurs (P-38, P-39, P-40, P47, P-51) et surtout de bombardiers (B-17, B-24, B-25, B-29) offrant de larges surfaces d’aluminium près du cockpit pour la réalisation de grandes peintures. Si les motifs sont variés, allant des personnages de cartoons aux gueules de requins, on ne peut pas dissocier le Nose Art des représentations les plus populaires : les Pin-up. Ce sont les pilotes américains de l’USAAF qui se sont le plus illustrés dans ce domaine et, plus l’éloignement du pays était grand, plus les représentations étaient « osées ». Les avions opérant en Europe, comme le Memphis Belle, présentaient des représentations plutôt sages tandis que ceux stationnés dans le Pacifique ont arboré des dessins qui furent jugés érotiques voire pornographiques et durent être modifiés pour seoir aux bonnes mœurs (de l’époque) !

Ces peintures n’étaient bien sûr pas encouragées par l’État-Major mais tolérées avant d’être officiellement reconnues au mois d’août 1944 : elles permettaient de maintenir le moral des troupes clouées au sol dans l’attente d’une mission. La diffusion des dessins de Pin-up servait aussi et surtout de dérivatif aux frustrations sexuelles des boys mobilisés ! C’est aussi un formidable outil de propagande au service des Armées. Ainsi, les hommes trompaient l’ennui en cherchant un nom ou un motif pour leurs avions. Ils le peignaient ensuite parfois eux-mêmes, avec plus ou moins de talent d’ailleurs, mais il est également arrivé qu’un artiste civil ou un militaire talentueux soit officiellement recruté par la hiérarchie pour servir aux cuisines afin de réaliser officieusement ces peintures bien peu belliqueuses. Le surnom donné à leur appareil permettait aux hommes de l’identifier plus facilement et de se lier d’affectation avec une figure protectrice qui les aidait à surmonter les moments difficiles.

Les sujets les plus souvent utilisés étaient tirés de l’hebdomadaire Yank : The Army Weekly , du quotidien Stars and Stripes, du magazine Esquire ou des calendriers, illustrés par les incontournables dessinateurs Pin-up qu’étaient George Petty, Gil Elvgren ou encore Alberto Vargas.

Le B-17F Flying Fortress Memphis Belle doit ainsi sa sculpturale pin-up, au téléphone et vue de dos, à un dessin réalisé par George Petty à la demande du capitaine Robert K. Morgan et publié en avril 1941 dans Esquire. Les stars du cinéma comme Rita Hayworth, Betty Grable (représentée sur le B-17G Flying Fortress Sentimental Journey) ou Jane Russell (peinte sur le B-29 Superfortress The Outlaw) et le monde de la chanson inspiraient également les hommes. La chanson des Andrews Sisters, Shoo Shoo Baby, a ainsi donné son nom à des B-17 et des B-24 Liberator ornés parfois de dessins de pin-up. Le titre de Glenn Miller In The Mood était accompagné d’une Pin-up allongée, nue et dans une pose lascive, sur le flanc du P-47D du Capitaine G. Johnson. Sentimental Journey tient son nom d’une chanson interprétée par Doris Day en 1944.

D’autres avions enfin n’étaient agrémentées que d’un nom, celui d’une mère comme pour le B-29 Superfortress Enola Gay (la mère du colonel Paul Tibbets), d’une épouse pour le P-38 Marge du Major Richard Bong, d’une petite amie restée au pays, d’une ville ou du simple surnom de l’avion, le plus souvent choisi par le pilote et accepté par les membres de l’équipage.

La multiplication des représentations de Pin-Up US dans les années 40, sorte d’âge d’or, fait partie intégrante de l’effort de guerre et peut être mise en parallèle de la production industrielle d’armes de destruction, jusqu’à l’arme atomique.

Les plus grandes actrices hollywoodiennes ont suivi, patriotisme oblige, les boys déployés sur tous les fronts, leurs représentations les accompagnant comme un étendard ou un substitut. Passées dans la culture populaire de l’Amérique victorieuse, dominante et en pleine expansion économique et culturelle, elles ont à nouveau tenu compagnie aux soldats US lors de la guerre de Corée, tout en étant récupérées par le modèle consumériste, servant ainsi l’American Way of Life des fifties.

Les Pin-Up accompagnent toujours les soldats US de nos jours, dans une moindre mesure. Leurs représentations ont certes évolué et elles n’apparaissent plus sur les avions de combat : le Nose Art s’est assagi ou plutôt recentré sur une symbolique plus guerrière. Elles servent malgré tout le même rôle que celui qu’elles campaient dans les années 40 : canaliser les frustrations des jeunes soldats, encourager leur dévouement patriotique et leur virilité, les soutenir enfin face aux difficultés du conflit.

Fred Absolutely PinUp

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