Des allures de dandy mais un comportement de bad boy : les Teds marient le style et la rage.

L’après Seconde Guerre mondiale voit naître, dans le monde occidental, une période d’abondance qui vise au bonheur matériel et pousse au consumérisme. La nouvelle société qui se met en place valorise (à outrance ?) la réussite individuelle et l’acquisition de biens matériels, habilement suivie par la production de masse.

La population, désireuse de tourner la page de la guerre, se plie très rapidement à ces nouveaux modèles, en particulier les teenagers. Mais…

Phénomène britannique

North Kensington, Londres, années 50.

Il n’en reste pas moins qu’en Europe et en particulier dans l’Angleterre en ruines, les jeunes nés peu avant ou pendant la guerre, issus du prolétariat et des banlieues industrielles, marqués par les traumatismes des bombardements, ne peuvent avoir accès à cette société de consommation ; ils vont devoir s’adapter pour prouver qu’eux aussi existent, en dehors des nouveaux « canons » de la société. Entre 1945 et 1951, la délinquance juvénile se multiplie dans cette population livrée à elle-même. Elle double encore entre 1955 et 1958. Le rationnement alimentaire s’est prolongé jusqu’à la fin de l’année 1954 en Angleterre…

Dès la fin des années 40 et le début des années 50, les banlieues est et ouest de Londres et celles des villes industrielles du nord de l’Angleterre voient naître les Cosh Boys : les adolescents et les très jeunes hommes issus des banlieues et du monde ouvrier, souvent déscolarisés, cherchent à se distinguer de leurs homologues de la « bonne » société londonienne. Et comme souvent, cette différenciation sociale s’exprime en premier lieu par la musique et les choix vestimentaires.

Enfants de milieux défavorisés, leur pouvoir d’achat est faible mais ils consacrent leur argent à l’achat de vêtements, souvent de seconde main. Ils affirment leur mépris de la bourgeoisie et du matérialisme induits par la société de consommation en plein essor.

Le style, toujours

Le nom de Teddy Boy apparaît en 1953 et leur vient de leurs tenues au style édouardien (teddy étant le diminutif), du début du XXe siècle : de longs manteaux à col de velours, des pantalons-cigarettes, des vestons exagérément longs… La tenue est complétée par des chaussettes aux couleurs vives voire criardes et des chaussures à semelles de crêpe compensées (Suede Gibson shoes puis Creepers, en particulier au moment du revival, remises au goût du jour par Malcolm MacLaren et Vivienne Westwood). La coupe de cheveux, grasse, est souvent plaquée en arrière ou coiffée en Pompadour, en banane, influence des rockers US oblige.

La subversion des vêtements de la haute société associée à la transgression, l’extravagance et la provocation de la révolte juvénile masquent cependant une fausse décontraction. Elles ne sont que l’expression d’une jeunesse en proie à des doutes profonds et à certains démons, déjà…

Best dressed Teddy Boy, 1956

La musique en toile de fond
Tout d’abord portés par le Skiffle, les Teddy Boys illustrent l’une des premières cultures adolescentes en ne respectant aucune des institutions, que ce soit l’Église, la police, la famille, et encore moins la monarchie britannique ! Ils échangent dans leur propre vocabulaire, un argot comme seules les classes populaires anglaises en ont le secret.

L’arrivée du rock en Grande Bretagne fait passer les Teddy Boys de sous-culture à contre-culture, accompagnant l’affirmation de soi et le rejet des contraintes sociales et des structures. Le style vestimentaire et la musique sont alors devenus inséparables. Et le phénomène se répand bien au-delà de Londres pour toucher toutes les grandes villes britanniques. Ouvriers à l’usine le jour, ils se retrouvent le soir dans les coffee bar, les cinémas ou les concerts rock. L’alcool étant interdit avant 21 ans, ils fréquentent assez peu les pubs.

Héritiers des Scuttlers 

Certains groupes de Teds constituent des gangs avec leur propre style, leur hiérarchie et leurs propres règles. Ces gangs s’affrontent parfois lors de violentes rixes : les deux accessoires de prédilection du Teddy Boy sont la lame de rasoir et le couteau à cran d’arrêt… Et ces groupes sont exclusivement masculins : des bandes de Teddy Girls, les Judies, ont existé mais les jeunes filles n’étaient pas acceptées dans les gangs de garçons.

Les filles sont toujours plus sages !

Issues, comme les jeunes hommes, de la classe ouvrière, look édouardien androgyne totalement assumé pour trancher avec « l’idéal féminin » de la nouvelle société qui émerge, cheveux courts en totale rupture avec les icônes féminines de l’époque, les Judies n’ont été photographiées que par Ken Russell en 1955, avant de tomber dans l’oubli jusqu’en 2005.

Et pourtant, la recherche stylistique des tenues semble avoir été plus approfondie chez ces adolescentes. Leur moindre implication dans des actions violentes explique probablement que la postérité n’ait retenu que le comportement de leurs homologues masculins.

crédit Ken Russell, 1955
crédit Ken Russell, 1955

Le péril jeune…

Car les gangs de Boys sèment « la terreur » dans les rues des grandes villes comme Londres, Liverpool, Birmingham, Nottingham, Leeds ou Manchester. Les territoires ou quartiers de ville sous leur contrôle sont le théâtre de viols, de bagarres à l’arme blanche ou passage à tabac d’immigrés. C’est l’un des aspects les moins romantiques de cette sous-culture : certains groupes auraient été racistes et xénophobes. La participation de ces derniers aux émeutes raciales de 1958 à Notting Hill marque de leur refus de l’arrivée des immigrés du Commonwealth en provenance des Antilles Britanniques. La presse de l’époque s’empare du sujet et (déjà…) joue sur les peurs, les identifiant à une réelle menace pour l’ordre public, ce qui renforce encore leur image de bad boys.

Article de Paris Match de septembre/octobre 1958 relatant la participation de Teddy Boys londoniens aux Notting Hill Race Riots

Les différents auteurs qui relatent ces faits ne sont cependant pas tous d’accord : il semble en effet que ces affrontements aient été plutôt anecdotiques et que la xénophobie ne constitue nullement le ciment de ces groupes. Le mouvement Ted ne véhicule aucune idéologie si ce n’est un culte au rock’n roll.

Le mouvement ne survivra quasiment pas à l’arrivée des années 60 : les Teddy Boys, premiers existentialistes de la société de consommation, ont vieilli. Ils sont devenus parents et ils ont troqué leurs vestons contre des cuirs de rockers, leur nature s’est quelque peu assagie. Ironie de l’histoire : leurs enfants seront leurs dignes héritiers dans les années 70 avec un revival du mouvement et le psychobilly d’une part et l’avènement du punk et du ska, à la fois proches et tellement différents, d’autre part.

Alors Messieurs ? Vous arborez parfois (ou plus souvent…) un look Ted ? Partagez avec nous vos tenues en commentaire ! Mesdames également : si vous êtes une Judie, n’hésitez pas…

C’est à vous !

Fred

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4 réflexions au sujet de « Des allures de dandy mais un comportement de bad boy : les Teds marient le style et la rage. »

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