Natalie Wood : Une vie, une carrière

Où plane le spectre d’une mère abusivement tyrannique……

Natalia Nikolaïevna Zakharenko est née peu avant la guerre dans la baie de San Francisco dans une famille d’immigrés russes. Le père Nikolaï, alcoolique et violent, travaille comme docker, sa mère, Maria, élève pratiquement seule ses trois filles, dans le regret de n’avoir pu devenir danseuse de ballet. Cette passion, elle la transmet à la petite Natalia, en l’emmenant voir des comédies musicales au cinéma. Sans cette mère, Natalia ne serait jamais devenue Natalie Wood, « la petite star d’Hollywood »…

La petite Natalie dans les bras de son père (Collection Lana Wood)

Sa mère est habitée par les superstitions, à l’écoute des diseuses de bonne aventure. Elle croit aux bons et aux mauvais présages. Alors qu’elle est enceinte, Maria gagne quelques dollars à la loterie. Aussitôt elle s’exclame qu’elle porte en elle, « l’enfant de la chance »… Une voyante lui annonce peu après la naissance de la petite, la vision de sa fille dans « des eaux sombres, noyée » ce qui créera une sorte de psychose familiale autour de cet élément.. En 1943, à 5 ans, l’enfant est remarquée dans la rue par un membre de l’équipe de tournage de Happy Land et se voit confier son premier rôle. Elle impressionne le réalisateur Irving Pichel, qui la prend sous son aile et convainc sa mère de déménager avec toute la famille à Los Angeles.

Maria tient enfin l’occasion de vivre son rêve par procuration. Cette névrose maternelle jouera un rôle prépondérant dans la vie de Natalie Wood, qui ne cessera d’osciller entre transgression et soumission (y compris dans ses films). En 1947, Natalie, renommée Wood par un producteur du studio RKO, accède à son premier rôle d’importance dans Miracle sur la 34e Rue de George Seaton.

Natalie Wood en 1947, photo SNAP Rex

La même année, elle joue dans L’aventure de Mme Muir, chef-d’œuvre de Joseph Mankiewicz. Sa carrière d’enfant-star décolle, sous la houlette d’une mère tyrannique, cruelle et abusive. Par exemple, lorsqu’elle démembre un papillon devant ses yeux pour la forcer à pleurer. Ou quand elle met sa fille dans les bras d’hommes plus âgés, à commencer par Frank Sinatra, en toute discrétion, alors qu’elle n’a que 15 ans. L’année suivante, en 1955, c’est Nicholas Ray qui jette sur l’adolescente son dévolu : le cinéaste la veut pour La Fureur de Vivre – mais aussi pour lui.

Portrait de Natalie Wood en 1956, Harry Warnecke.

Elle a 16 ans, lui 44, et les auditions se terminent souvent au petit matin dans le bungalow du cinéaste au Chateau Marmont. Cette relation choque dans l’Amérique puritaine d’Eisenhower, mais les deux refusent de se cacher, Natalie Wood étant fière d’affirmer sa maturité aux bras d’un pygmalion – plutôt que dans ceux de son boyfriend d’alors, le jeune Dennis Hopper. C’est aussi pour elle, une façon de se rebeller contre sa mère, cette mère qui lui a appris à ne pas faire de scandale lorsqu’un acteur célèbre (dont on ne connaîtra jamais l’identité) la viole en 1954. La Fureur de Vivre lui apporte sa première nomination aux Oscars, dès lors, elle choisirait des films qui font écho à sa vie. Et sa vie, dans ces rugissantes années, est d’une rare intensité.

Robert Wagner et Natalie Wood (cliché Darlene Hammon)
Extrait de West Side Story, 1961.

Après avoir divorcé de Robert Wagner en 1962, elle enchaîne les conquêtes (Warren Beatty, Michael Caine, David Niven Jr., le roi de la chaussure vénézuélien) avant de se succomber, en 1969, aux charmes de l’agent de Robert Redford (son ami fidèle), le britannique Richard Gregson. Mais leur mariage ne résiste pas à la naissance de leur fille, Natasha, en 1970, et le couple divorce deux ans plus tard.

Collection John Springer

En 1972, ultime coup de théâtre : elle se remarie – pour de bon – avec Robert Wagner. La décennie qui suit est moins tonitruante. Elle accouche une seconde fois en 1974 et privilégie désormais sa vie de famille. Brainstorm est le dernier film qu’elle tournera en 1981, juste avant… sa mort… Retour sur une des prédictions faite à sa « chère » mère… Les eaux sombres du Pacifique pour une fin tout aussi obscure que sa carrière fut brillante… À suivre…..

Eva Mauve

Image d’illustration de l’article : Natalie Wood avec James Dean sur le tournage de La Fureur de Vivre.

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